Le Genre Dhrupad


Le genre Dhrupad

Le Genre Dhrupad est le genre classique le plus ancien de l'Inde du Nord. Musique de cour et de temple, né aux environs du XVème siècle. Il assemble à la fois les exigences esthétiques développées au sein des cours des Maharajas et l’élan mystique issu des courants de la Bhakti.

Son répertoire de compositions poétiques contient aussi bien des poèmes mystiques ou dévotionnels, que des joutes musicologiques des savants et érudits des cours des maharajas.

Le style de la Dagarvani auquel Arnaud est formé, est marqué par cet idéal philosophique, esthétique et spirituel issu de la position historique du style et de ses 'pratiquants'. Cela se traduit concrètement par l’attention particulière porté à l’élaboration progressive du rāga, dans le respect des éléments caractéristiques (lakshanas) de la tradition.

Il y a dix lakshana-s de base comportant chacune des subdivisions plus subtiles. La connaissance et l'application pratique plutôt que théorique de ces lakshana-s permet d'identifier, différencier, évaluer les connaissances d'un chanteur ou d'un musicien par le reste de la communauté.

Aux yeux du Pandit Ritwik Sanyal, chanteur émérite de la Dagaravni, le Dhrupad est plus qu'un simple genre musical. Il s'agit pour lui, d'un "système complet de réalisation de Soi" ou, comme on le disait autrefois de 'Marga Sangita', une voie vers Moksha "la libération spirituelle".

La performance musicale des artistes n'est que la 'partie émergée' du genre Dhrupad. Le Coeur de ce genre c'est la pratique elle-même et la connaissance, au sens noble, qui en découle naturellement.

Dans cette perspective on notera l'importance ce que les Dhrupadia-s nomme Nāda Yoga, parfois traduit "yoga du son" qui est au Coeur du sens spirituel de la pratique du chant et de l'écoute.

Bandish-s - La composition

On réduit parfois la définition du genre Dhrupad au répertoire de composition ou Bandish-s or ce genre, en terme de performance ou concert, est composé d'un "patchwork" de techniques et de procédés au service d'un processus musical structuré et complexe. Il n'est donc pas convenable de définir ce genre à partir d'une forme fixe qui cristallise certains éléments du genre sans laisser paraitre toute sa vibrante dynamique.

Le Bandish ou composition poétique est souvent attaché au nom même du genre ( Dhruva- Fixe et Pada - Pied au sens poétique). Ainsi le Dhrupad (Dhruva/pada) serait une forme de composition fixe et désigne, de nos jours, la première ligne de la composition à laquelle on revient systématiquement entre les "improvisations".

Les Bandish-s sont des poèmes composés par des Dhrupadia-s inspirés qui peuvent aussi bien être prêtres, érudits, hindous, musulmans soufis, mystique, yogi ou musicien attaché à la cour et tout mix de ces étiquettes. Dans chaque Vani ou style de Dhrupad, telle que la Dagarvani, un certain lot de ces bandish-s fait partie du riche répertoire transmis aux disciples. Les bandish-s sont considérés avec beaucoup de révérence et appris par coeur. Ils font office de shastra-s (traités à caractère "philosophico-mystique")  à différents niveaux.

Ils contiennent en effet les contours précis des rāga-s tels qu'on les envisage dans ce style. Les éléments stylistiques (vocaux ou musicaux) qui caractérisent l'identité stylistique. Le poème lui-même contient des éléments ésotériques, philosophiques, mystiques et poétiques qui se transmettent en relation directe et en même temps que la composition et donne matière à un approfondissement pratique ou spirituelle pour le Dhrupadia.

Au niveau structurel un bandish de Dhrupad se décompose traditionnellement en quatre parties ou couplets : Sthayi, Antara, Sanchari et Abhog.

Ce poème est "mis en musique" dans un rāga et dans un cycle rythmique que l'on appelle Tāla.

Ālāp ou discours Musical

L'Ālāp est le Coeur de la performance et se traduit littéralement par "discours" ou "discours musical", bien qu'il soit souvent traduit par "prélude".

L'Ālāp est ce que la musique classique de l'Inde a de plus singulier, le développement systématique d'un Râga, terme traduit improprement (faute de mieux) par "mode musical".

L'Alaap consiste à dépeindre le Râga, sa forme, ses contours, ses limites et ses particularismes dans le plus grand respects des règles qui le définissent structurellement.

Pour ce faire, les Dhrupadia-s emploient un langage syllabique appelé "nom tom" issue du mantra à la divinité Nārāyana qui est une forme Vishnouite du Divin (A la fois immanent et transcendant).

La partie qui lui succède, le bandish est comme la conclusion poétique de la performance, l'Alaap étant, quant à lui dépourvu d'un langage rationnel.

Lors d'une performance de chant Dhrupad le bandish est accompagné aux percussions. La percussion traditionnelle associée au genre Dhrupad est le Pakhawaj (tambour horizontal à deux peaux).

Cette dernière partie du concert est donc aussi le moment ou est introduit le Tāla ou cycle rythmique.

Nāda Yoga (dans le cadre du Genre Dhrupad )

Le Nāda Yoga, dans le cadre du genre Dhrupad et plus spécifiquement de la Dagarvani, implique à la fois une connaissance pratique et philosophique de la résonance vibratoire, entendue comme décomposition des éléments fondamentaux du langage et de la parole au sens très large.

Le point d'achoppement de cette philosophie est présent dans les plus anciens témoignage de "l'Inde védique" à savoir les veda-s. En effet, on y voit, à quelle point est révérée la parole (Vāk). Cette Parole, vénérée comme une déesse, n'est pas tant celle qui parle du monde mais bien plutôt celle qui à la fois constitue fondamentalement ce monde autant qu'elle le transcende.

Dans le jeu de conscience entre visible et invisible, entre manifeste et non-manifeste, le son, dû à sa nature vibratoire et perceptible, joue un rôle singulier.

Depuis l'ère védique, le chant est donc le terrain d'activité privilégié pour aller vers l'expérience directe d'une écoute transcendantale et d'une relation effective entre ce monde et les autres sous une forme "musicale et poétique".

Le Dhrupad tisse son réseau de techniques et procédés sur l'héritage de cette vision (Veda, Tantra-s...). La résonance vibratoire (Nāda) est considéré comme support d'une voie d'investigation qui mène, accompagnée d'une méthode efficace, sûre et logique (Yoga), depuis les aspects les plus matériels de cette Parole vers sa nature transcendantale symbolisée par la syllabe OM ou Akshara (impérissable).

Cette philosophie profonde et ce culte de la résonance vibratoire trouve une de ses expressions les plus fascinantes dans l'Art de la pratique du chant et de l'écoute intérieure.

Le sujet est très profond et demande un certain niveau d'abstraction, d'ouverture symbolique, de connaissance pratique et "philosophique", comme on peut s'en convaincre, ne serait-ce qu'en lisant une traduction même imparfaite de la Mandukya Upanishad.

Cette philosophie qui est une des sources du style Dagarvani de Dhrupad est éprouvée de manière directe, au sein même de la pratique. Il faut pénétrer par strate, étape par étape la profondeur non seulement philosophique mais surtout essentiellement pratique de ces traditions. La philosophie est, dans le cadre du Nāda Yoga, essentiellement pratique. C'est pourquoi, malgré toutes les recherche que vous pourrez faire vous ne trouverez pas de traité de Nāda Yoga.

De même, vous chercheriez en vain, un ouvrage sur le genre Dhrupad qui vous détaillerait les processus à l’œuvre dans la pratique du genre Dhrupad et les rapports que ceux-ci entretiennent avec la pratique ou la philosophie du Nāda Yoga.

Le Nāda Yoga est donc une affaire de vibration, de résonance, une affaire de Coeur et non pas de lecture et de ratiocinations.